Désinfox-Migrations 

Quel est le parcours type d’une demande d’asile ? Les frontières sont-elles des passoires ? Comment analyser le mythe du grand remplacement ? Le site Désinfox-Migrations analyse ces sujets qui font régulièrement débats dans les médias et sur la scène politique.

Désinfox-Migrations est une association créée en mars 2020 dont le but est de contribuer à un débat public sur les migrations de qualité, informé, fondé sur des faits et analyses scientifiques et abordé avec davantage de mesure et d’objectivité par les responsables politiques et les citoyens. 

Organiser un circuit court

Le projet porté par Désinfox-Migrations consiste à organiser un circuit court de coopération, d’échanges et de circulation de l’information et de la connaissance, entre des chercheurs, des experts et des journalistes pour contribuer à prévenir et rectifier les fausses informations (infox et propos de mésinformation) sur la thématique des migrations (immigration, asile, intégration etc.). 

Le discours politique utilise les rouages de la désinformation

Tania Racho, Animatrice et coordinatrice de Désinfox-Migrations, Docteure et enseignante en droit européen, analyse le discours politique face aux questions migratoires.

Interview de Tania Racho

Le discours politique, quand il se saisit de la question de la migration, il le fait clairement pour marquer une position forte. On est alors sur les mêmes rouages que ceux de la désinformation et l’on va faire appel à des émotions fortes comme la colère, la haine, le rejet et la peur. Et c’est comme cela que l’on va avoir une adhésion immédiate aux propos. C’est dans ce sens-là que les personnalités politiques vont se saisir des questions migratoires et en oubli une grande partie, pour se concentrer sur une infime minorité de personnes qui traitent les étrangers de délinquants… Avec les informations en termes de migrations, on sait que l’on peut très vite basculer en discours de haine et pour nous il est primordial de maintenir un cap contre les discours de haine et de contextualiser avec des chiffres et de la recherche. 

Des faits contre les infox

Le projet de Désinfox-Migrations repose par ailleurs sur les principes de s’appuyer sur les faits et des sources vérifiées pour contrer les infox, s’adresser aux 40% de français (les « ambivalents » selon les spécialistes de l’opinion) qui cherchent à se faire une opinion et sont eux-mêmes partagés entre plusieurs attitudes vis-à-vis des étrangers et des immigrés ; ne pas adopter un positionnement ni un ton militant ; les actions portent essentiellement sur les propos écrits ou oraux tenus dans les médias par des responsables politiques de toutes orientations politiques, compte tenu du poids de leurs paroles dans l’opinion.

Une initiative issue de 4 observations

1 La récurrence des infox et présentations caricaturales sur les questions liées aux migrations contribuant à la construction de préjugés et d’opinions négatives.

2 Le manque de responsabilisation des représentants politiques qui instrumentalisent le sujet des migrations dans un contexte de polarisation des discours.

3 L’effet « caisse de résonance » des médias et des réseaux sociaux, qui amplifient le « bruit » autour des migrations et contribuent à une circulation instantanée des infox.

4 Les limites rencontrées par les initiatives existantes de chercheurs, médias et associations pour lutter contre les infox (cloisonnement, temporalité, technicité du sujet etc.).

La distribution des devoirs : Une super B.A. !

Voilà bientôt 6 semaines que les délégués de parents d’élèves de l’école primaire Jean Charcot de Romainville en Seine-Saint-Denis, distribuent des devoirs aux enfants décrocheurs et à ceux qui n’ont pas les moyens de les imprimer.

Voilà bientôt 6 semaines que les délégués de parents d’élèves de l’école primaire Jean Charcot de Romainville en Seine Saint Denis, distribuent des devoirs aux enfants décrocheurs et à ceux qui n’ont pas les moyens de les imprimer.

Mardi 26 mai. Je connais bien le sujet car je suis un de ces délégués et je fais cette distribution en vélo avec ma fille, élève de CE2. J’ai dans mon sac une dizaine de grandes enveloppes kraft siglées Écoles Communales  de Romainville 93230 Seine-Saint-Denis sur lesquelles figurent le nom et l’adresse des élèves que je vais distribuer dans leurs boites. Ma fille est moi faisons la tournée dans des cités et des rues de notre quartier. La première  fois que nous avons fait la distribution ensemble, quand nous sommes rentrés à la maison, j’ai dit à ma fille. 

«Aujourd’hui, nous avons fait une B.A. !» 

« C’est quoi une B.A. Papa ? » 

« C’est une Bonne Action. » 

« Alors, c’est une super Bonne Action !… »

Depuis la fin des vacances scolaires de Pâques, tous les mardis à 11h00 nous avons rendez-vous dans le hall de l’entrée de l’école masqués. Là, le directeur Yann Lecacheux et deux instituteurs nous reçoivent pour nous remettre une quarantaine d’enveloppes dans lesquelles se trouvent les devoirs imprimés des différents niveaux de classe du CP au CM2. L’école a un blog et depuis le 16 mars dernier, date du confinement, chaque enseignant met en ligne des devoirs pour ses élèves. Si la grande majorité fait les exercices, d’autres ont du mal. Soit parce qu’ils ne sont pas ou mal équipés en matériel informatique, soit parce qu’ils ne peuvent pas imprimer les devoirs à faire et à renvoyer complétés sur le blog.

Lundi 27 avril. Lors d’une visioconférence organisée avec les parents de CE2 dont il est enseignant, Yann Lecacheux, le directeur a précisé.

« Sur l’ensemble des élèves de l’école, nous en avons perdus une trentaine dont nous n’avons pas de nouvelles. Nous ne savons pas si leurs parents ont les moyens informatiques pour se connecter sur le blog. La solution est de leur faire parvenir les devoirs. »  « Moi je peux en distribuer. » Assure Elodie Girardet déléguée comme moi et Directrice de Centre d’information et d’orientation à Noisy le SecElle est maman d’une élève de CE2 dont la fille est amie avec la mienne. « Et je suis persuadée qu’une partie des délégués de parents d’élèves élus avec des parents volontaires pourront assurer la distribution. » 

Dans la liste que nous a fourni le directeur de l’école, les ¾ des adresses des élèves sont bonnes. En revanche, certains enfants n’habitent plus ou pas du tout à l’adresse indiquée. Il m’est arrivé de mener une enquête pour retrouver un élève de CE2 qui était censé habiter non loin du cinéma Le Trianon. Le fameux cinéma où se tournait l’émission « La dernière séance » d’Eddy Mitchell dans les années 80. C’est la pharmacienne de la place Carnot qui m’a donné les bonnes coordonnées de la famille. Cette dernière a été étonné que je sonne à leur porte pour leur remettre les devoirs. 

Tous les profs sur le pont.

Depuis le début du confinement, les enseignants n’ont eu de cesse de mettre du travail sur le blog de l’école pour leurs élèves. Depuis la fin des vacances de Pâques, des visioconférences ont été établies entre les profs et les élèves pour garder le contact. Ils ont préparé la réouverture de l’école qui a commencé le jeudi 14 mai en coordination avec la mairie de Romainville et l’inspection académique locale. Tout aurait pu bien se passer si le poids de l’administration ne s’était fait sentir. Les rapports avec la mairie sont difficiles. Pas simple quand la Maire, Corinne Valls (DVG) tire sa révérence après 22 années à la tête de la municipalité. Du coup nombre d’élus sont injoignables. Très vite une pénurie de masques et de gel hydroalcoolique est arrivée. Sans ce matériel, impossible de continuer à faire classe. C’est l’Éducation Nationale qui doit les fournir et l’inspection académique a attendu des livraisons qui ne sont pas arrivées à temps. Imaginez les coups de fil répétés et les énervements du directeur de l’école et de ses collègues enseignants et nous délégués qui  essayions de tempérer la situation. Les cours ont repris, mais il n’y a pas plus d’une trentaine d’élèves sur 212.

Mardi 26 mai 11h00. L’heure du rendez-vous pour dispacher les devoirs des élèves. 

« Alors quoi de neuf ? » Je lance à Yann Lecacheux. Le directeur me regarde l’air un peu dépité. « On a plus d’internet. L’ADSL ne marche plus… » Un enseignant de CM2 présent à la distribution précise. « Je fais tourner internet avec le point d’accès Wifi de mon portable. J’ai un forfait illimité.»

Super la technologie moderne ! Mais est-ce La Solution ? Yann Lecacheux qui s’était éclipsé revient avec une copie de la lettre qu’il a adressé à  M. François Vanetti, Inspecteur de l’éducation nationale de notre circonscription Romainville / Les Lilas / Le Pré-Saint-Gervais. Il me l’a tend.

« Tenez, je vous en ai fait une copie. »

Dans ce courrier, le directeur pose une question. « La commune peut-elle mettre en place un réseau qui fonctionne dans l’école à minima avec une connexion fibre ? » (une grande partie de Romainville est connectée à la fibre) « La convention entre la commune et l’Éducation Nationale ne peut-elle pas être réactualisée, car elle date de plus d’une dizaine d’années ? »

Entre le marteau et l’enclume, le directeur donne l’air de se battre contre des moulins à vent. Il est patient. En face de lui, la mairie et l’inspection académique semblent aux abonnés absents. 

Distribution des devoirs, un devoir pour les délégués 

« On est de vrais relais pour les profs. On peut aller au domicile des familles ce qu’eux ne peuvent pas faire. On fait aussi le lien avec la municipalité et l’inspection académique. On est un peu le poil à gratter des institutions quand ça coince… » Assure Elodie Girardet.

Nous nous sommes lancés dans cette distribution en nous disant que c’était normal d’aider les enfants et les familles en difficulté. Voilà près de six semaines que nous assurons la distribution et les retours des parents sont bons. Quand nous faisons la tournée, chaque délégué appelle au numéro d’un des parents qui est sur la liste afin de le prévenir que les devoirs de leur enfant sont dans leur boite à lettres. On m’a dit souvent.

« Merci beaucoup Monsieur ! … » « C’est très bien ce que vous faites… » « Bon courage Monsieur et à la semaine prochaine !… »

Ces remerciements et ces encouragements d’autres délégués les ont reçus également. Pour ces enfants et leur famille, nous sommes le relais de l’école, le secours dont ils avaient besoin, le coup de pouce nécessaire pour redonner courage à ceux qui en ont le plus besoin. 

Avec la distribution des devoirs, le travail des délégués de parents d’élèves prend tout son sens. On espère qu’à la rentrée prochaine, nous aurons moins de mal à trouver des volontaires pour faire partie de la liste FCPE et peut-être d’une liste indépendante. Notre travail sera peut-être récompensé par un afflux de votes des parents aux élections des délégués de parents d’élèves.

Dans la cour, les enfants jouent à chat-ombre

Mardi 2 juin. L’école primaire Charcot ouvre un peu plus grand ses portes. Une soixantaine d’enfants sont retournés en cours dont ma fille. 

En raison du grand nombre d’enfants et du protocole sanitaire à respecter il y a 8 groupes de niveaux répartis sur la semaine. 4 groupes seront en classe les lundis, mardis et mercredis matin et les 4 autres groupes les jeudis et vendredis. C’est une institutrice de CM2 qui fera classe au CE2 les lundis, mardis, et mercredis. La distribution des devoirs est suspendue. le directeur Yann Lecacheux a contacté les familles leur demandant de venir chercher directement les enveloppes de devoirs à l’école. A la sortie de l’école, ma fille me raconte sa rentrée.

« C’etait trop bien de revoir les copines. Dans la cour on a joué à chat-ombre. »

Chat-ombre, voilà un jeu qui respecte la distanciation. L’enfant qui joue le rôle du chat touche l’ombre d’un autre enfant qui devient lui-même chat. 

Mercredi 3 juin. En déposant ma fille en classe, je vois le directeur. Il a les traits tirés.

« Cette deuxième rentrée se passe bien ? »

« Tout va bien de ce côté-là. Le seul problème, c’est qu’il y a eu seulement 6 familles qui sont venus récupérer les devoirs hier. 6 sur 30 c’est très peu. Je ne sais plus ce qu’il faut faire. »

Demain jeudi et vendredi, c’est une remplaçante qui fera classe au CE2. Son poste est tournant et l’inspection académique peut l’appeler du jour au lendemain pour aller faire un remplacement dans une autre école du secteur. Si c’était le cas, le directeur Yann Lecacheux reprendrait la classe. Il n’a pas le choix alors que la situation sanitaire et l’organisation de cette rentrée très spéciale voudrait qu’il soit détaché de son poste d’enseignant.

On espérait que les choses changeraient avec cette pandémie. On se trompait. Dans l’Éducation nationale, le mal est profond. On n’est pas prêt de trouver un vaccin pour enrayer sa maladie.